Journée du 10/09/14

MISE A JOUR LE : 1 Janvier 2014

9 SEPTEMBRE 10 SEPTEMBRE 11 SEPTEMBRE

 

 EXTRAITS DU LIVRE " DE ORAN à ARRAS" d'un officier du 1 R.C.A.

10 septembre :  La Marche en Avant

Après une furieuse bataille de quatre jours, les Allemands sont en pleine retraite. La division, se portant en avant, suivra l'Ourcq, qu'elle doit franchir à LIZY , et marchera dans la direction de la FERTE MILON. Le quartier général part à 6 heures, me laissant à Penchard où j'assurerai la permanence durant deux heures. A 8 heures, je monte à cheval , escorté de mon ordonnance et de quelques cavaliers, je me dirige vers Étrépilly, par Chambry et Barcy. Ces deux villages, que je traverse successivement, offrent l'aspect le plus désolé; le cimetière de Chambry, un grand  rectangle entouré d'un mur haut et solide, est épouvantablement bouleversé. Ici les vivants ont combattu au milieu  des morts, que les obus ont été chercher dans leurs tombeaux pour jeter à leur place, dans leurs fosses entr'ouvertes,  et par le plus macabre des chassés-croises, des restes pantelants tout chauds encore.  Après m'être arrêté un instant près de ce charnier, je me dirige sur Barcy qui, durant près de soixante heures, du 7septembre au matin au 9 à midi, a été soumis à un épouvantable bombardement. A Penchard, les obus venaient mourir à la lisière du village, qu'ils ont respecté; ici, à trois kilomètres plus près de la ligne de feu, ils ont faitbeaucoup de mal. La moitié de BARCY  est détruite et quantité de maisons ne sont plus qu'un affreux amas de décombres. L'église en particulier a été très atteinte, sa nef a été endommagée et son clocher, percé à jour, est veuf de sa grosse cloche jetée bas avec un bruit de tonnerre. Au dire des témoins, le fracas de cette chute a couvert un instant celui de la bataille.  Dans les champs environnants, on aperçoit un peu partout des territoriaux occupés à creuser des tombes et à enfouir des cadavres. Des habitants les assistent qui demeurèrent cachés dans leurs caves durant le bombardement. Sans un geste, sans une lamentation, ils accomplissent cette tache sinistre auprès de leurs maisons détruites. Près de la mairie de BARCY, un chien fouille les ruines de la demeure de son maître et hurle lugubrement à la mort; dans une villa proche, des gorets échappés d'une étable s'ébattent dans un parterre fleuri. Plus loin, à la lisière, du côté d'ÉTREPILLY, des chevaux de labour, des boeufs, des moutons qui paissaient dans un pré ont été fauchés eux aussi par la mitraille. Les rues et les alentours du village sont littéralement jonchés de ferraille, débris d'ogives.

COTE 115 ARTILLERIE ALLEMANDE (N.E. d'ETREPILLY):

Le mouvement de la fameuse cote 115, où l'ennemi avait installé sa grosse artillerie, celle qui foudroyait BARCY et CHAMBRY. Cet  endroit fut, lui aussi, le théâtre d'un épouvantable carnage; mais, cette fois, ce sont les ennemis qui en furent les victimes. La campagne environnante est couverte de taches grises. Ce sont autant de cadavres d'Allemands. Autour des meules de paille, nombreuses sur ce plateau, ils se pressent particulièrement serrés. Pour la première fois, je me rends un compte exact du terrible effet de notre canon. Notre 75 a été chercher l'ennemi partout où il se cachait.  Suivant leur habitude de se terrer quand ils veulent résister sur place, les Allemands ont énormément remué le sol. De tous côtés, ce ne sont qu'épaulements, derrière lesquels s'abritèrent les pièces, et tranchées avec parfois des mitrailleuses abandonnées. La fuite fut hâtive et les vaincus ont laissé sur le terrain des monceaux de douilles vides, des paniers d'osier pleins d'obus, des bandes- chargeurs garnies de milliers de cartouches . Plus je regarde autour de moi et plus je constate que les ravages de notre artillerie furent formidables. Impossible d'enterrer tous les cadavres, aussi est-on obligé de les brûler. Des équipes procèdent à l'assainissement de ce coin de champ de bataille en incinérant les corps, placés au préalable sur des tas de bois et largement arrosés de pétrole. Une odeur de rôti s'échappe de ces bûchers, grillade horrible, dont le fumet empeste la campagne.  Mais voici un poteau télégraphique sur lequel, à hauteur d'homme, est clouée une pancarte. Elle formule en troislangues, allemande, française, russe, l'interdiction, sous peine de mort, de toucher au réseau télégraphique ou téléphonique, et rappelle, en termes d'une affreuse concision, que les populations avoisinantes seront considérées comme responsables de tout dégât au matériel. Près de Gué-à-Tresmes, l'ennemi a abandonné une quantité de munitions plus considérable encore, dont un nombre prodigieux de douilles de cartouches d'artillerie. L'armée de Von Kluck a laissé ces indices de déroute. A partir de LIZY, la marche de la division se poursuit en deux colonnes parallèles, suivant: l'une la rive gauche, l'autre la rive droite de l'Ourcq. L'état-major passe la rivière en ce point et nous déjeunons à la lisière d'un bois, près de bivouacs allemands. De nouveaux indices, vivres, vêtements et  équipements abandonnés, indiquent que l'ennemi les quitta en toute hâte.

La portée supérieure de l'artillerie lourde allemande, lui permet d'effectuer des tirs en profondeur dans le dispositif français. Le tir "contre" français est impossible et nos artilleurs doivent subir et compter sur la chance pour ne pas être tué.

     Le canon allemand de 150mm  a une portée de 12 kms, celui du 75 mm français , 6 kms.

 

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auteur V